J'ai découvert Maxime Le Forestier en 1985. A cette époque, il était en plein dans ce qu'on appelle, dans les milieux artistiques, une profonde "traversée du désert". Pas étonnant que l'ado de 14 ans que j'étais n'ait jamais entendu parler de lui auparavant. Et puis, comme souvent, le hasard... Un disque vinyle dans la collection de mon père, tiens, qu'est-ce que c'est que ce barbu ? Et la révélation. L'album s'appelait "Les rendez-vous manqués". En l'écoutant, j'ai découvert un compositeur dont les références classiques me parlaient, et un auteur dont les textes n'avaient rien de basiques. J'ai longtemps passé cet album en boucle, savourant chaque note, sans trop savoir s'il y en avait eu d'autres avant lui. En revanche, j'étais impatient d'entendre les suivants. Je n'eus pas à attendre longtemps. Quelques mois plus tard sortait "Aftershave". Un tout autre style, très synthétique, résolument avant-gardiste. Les guitares étaient toujours là, mais électriques et appuyées par des rythmiques beaucoup plus rugueuses. L'ensemble était tout simplement envoûtant...

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A partir de cette époque, j'ai inscrit Maxime Le Forestier en tête d'affiche de ma discographie personnelle. Peu à peu, j'ai acheté tous ses albums (d'abord des 33 tours, puis les CD lorsque son éditeur a eu la bonne idée de les ressortir sous ce format). J'ai été ravi d'assister à son retour au premier plan, avec "Né quelque part". Encore plus ravi d'aller l'applaudir en concert. Souvenir extraordinaire du Bataclan 1989, de cette ambiance tout en douceur et de ces musiciens si talentueux... La suite ne fut pas moins belle. Le plus difficile était d'expliquer à mes copains de l'époque, englués dans leurs idées reçues, que vénérer U2 n'était pas une fin en soi. Et qu'entre "Parachutiste" et "Les jours meilleurs" il était passé de l'eau sous les ponts. Peine perdue. D'une manière générale, en ce temps-là, j'étais un peu hors-jeu avec mon goût prononcé pour le cinéma français et mon envie de porter des vestes en tweed...

Mais passons. Pourquoi ce papier sur Maxime ? Eh bien, parce que je viens de passer quelques jours avec lui. Avec ses confidences, tout au moins. J'ai dévoré le livre (sorti fin 2005) de ses conversations avec la journaliste Sophie Delassein. Cet ouvrage n'a rien du recueil de souvenirs plus ou moins vrais qu'on nous inflige en temps normal. Très bien écrit et documenté, il ne cherche pas à faire dans le complaisant, bien au contraire.  Il démontre que nous avons affaire, avec Maxime Le Forestier, à un grand monsieur de la chanson. Qu'on partage ou non ses idées, ses choix, sa philosophie de vie, on ne peut nier qu'il est un authentique artiste. Un technicien de la musique et des mots, un perfectionniste qui ne s'est pas contenté de décliner un  savoir faire mais qui, sans se poser de questions, a toujours cherché à se renouveler. Et il l'a fait sans se préoccuper de l'air du temps. Ouvert sur tout, sur tout le monde, sur tous les genres, il n'a jamais perdu sa créativité. Qui l'a suivi pendant ses 40 ans de carrière sait sûrement de quoi je parle...

Il faut absolument lire ce bouquin. Pour découvrir ce qu'il pense de Zazie, de Bénabar ou de Sanseverino. Pour l'entendre hurler contre les téléchargeurs sauvages. Pour savoir qui lui a inspiré le Luc de San Francisco. Pour comprendre qu'il n'a jamais été vraiment dans le mouvement hippie. Pour connaître son amour de l'équitation... Maxime Le Forestier est une histoire à lui tout seul.

"Maxime Le Forestier, Né quelque part", conversations avec Sophie Delassein, Editions Hachette Littératures, 2005.