Je ne sais pas si vous avez remarqué, moi ça vient tout juste de m'apparaître, mais pas qu'un peu. Une révélation. Un truc de ouf, comme on dit maintenant. Et je vous le dis, à partir du moment où vous allez savoir de quoi il s'agit, vous ne vivrez plus vraiment pareil. Si si, sérieux. Bon allez, je balance. On est tous des acteurs.

oscar

Non, je n'ai pas dit des comédiens. Rien à voir. Comédien, ça voudrait dire qu'on n'est pas soi-même, qu'on interprète un personnage. Donc qu'on cultive l'art du mensonge, qu'on ne pense pas ce qu'on dit et qu'on ne dit pas ce qu'on pense. Non. On ne joue pas la comédie, on acte. On a un rôle. Un rôle dans le monde, ou plus précisément dans son environnement à soi, auprès des gens de son boulot, de ses amis, de sa moitié. D'ailleurs, pour vous prouver que ma théorie tient la route, référons-nous simplement à la façon dont on en est arrivés là. Je veux dire, à avoir précisément ce job, ces potes, cet amour. Comment y sommes-nous parvenus, sinon en passant un casting ? Tout autour de nous, des tas de gens gaulés pareil, aux talents équivalents, aux qualités humaines complètement superposables aux nôtres, auraient pu prendre notre place. Et pourtant c'est nous qui avons été choisis. Choisis pour le rôle. Pour celui-là.

Cette réflexion (pas vraiment neuve dans mon esprit, j'avoue) est évidemment un pied-de-nez foutraque, une gaudriole destinée à égratigner les manipulateurs de tout poil qui croient pouvoir expliquer la nature humaine en 300 pages chez Flammarion. Et pourtant, elle a du sens. Car si notre vie n'est qu'un immense casting, il y a bel et bien une exception pour confirmer la règle. La paternité.

Depuis que me sais papa en devenir, il se passe quelque chose d'étrange en moi. Pour la première fois de ma petite existence, j'ai le sentiment non seulement de décider ce qui va m'arriver, mais encore de ne pas être soumis à une quelconque autorisation pour cela. En gros, je n'ai personne à séduire ni à convaincre pour vivre ce que j'ai envie de vivre. Cet enfant, c'est moi qui l'ai voulu (pas tout seul bien sûr, mais justement, vous imaginez bien que je n'ai pas eu non plus à convaincre le Croco sur ce point) ! Et lorsqu'il arrivera, ce joufflu bébé, je n'aurai pas davantage besoin de solliciter un accord pour qu'il soit vraiment à moi...

C'est samedi dernier, en regardant les images de l'échographie, que j'ai compris. Je voyais ce petit corps s'agiter dans tous les sens - à la réflexion, c'est surtout la douchette en plastique du médecin qui se tortillait sur le ventre d'Aurélie ! Mais peu importe. Pour la première fois, je m'y suis vu.

"C'est un petit garçon, messieurs dames, aucun doute là-dessus". Ah, d'accord. Bon, bah ça c'est fait. Je vais avoir un fils. Sacrée nouveauté dans ma vie... Je viens de décrocher mon plus beau rôle.

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