Il est rare que nous passions un après-dîner devant la télévision. Et le fait d'avoir 50 chaînes à disposition n'y change pas grand chose. Pour la plupart, les programmes proposés par le Câble sont soit des films déjà vus et revus, soit des concepts destinés à des publics auxquels nous avons du mal à nous associer. Aussi, quand les perspectives se situent entre la saison 4 de "Next" et Leslie Nielsen dans "Y a t-il un flic pour...", la décision est souvent vite prise de laisser l'écran inanimé. Néanmoins, parfois, l'étrange lucarne nous réserve de bien jolies surprises. C'était notamment le cas hier soir, sur France 3, avec la diffusion d'un long métrage du réalisateur Jean-Pierre Améris.

maman_est_folle

"Maman est folle" est une histoire simple. Celle d'une jeune femme, Sylvie (Isabelle Carré), mère au foyer habitant près de Calais dont on comprend, dès les premières minutes, qu'elle vit un peu à côté de ses pompes. Mais ce qui, de prime abord, prête à rire car on la découvre dans des situations cocasses, plus tête en l'air qu'irresponsable, se mue bientôt en une compassion bienvenue. Lorsqu'elle rencontre Jallal, un immigré clandestin kurde qui cherche à rejoindre l'Angleterre, on espère de tout coeur que sa prise de conscience du sort des sans-papiers, son engagement dans le bénévolat, lui offriront l'épanouissement dont elle a besoin. Mais il ne suffit pas de se sentir utile pour sortir de la solitude. Excessive et maladroite, Sylvie se perd, confond générosité et abandon de soi...

Le propos n'est pas ici de raconter le film. Ceux qui le souhaitent pourront acheter le DVD que France 3 ne manquera pas de commercialiser, ou à défaut, attendre la prochaine diffusion. Au-delà, on ne pourra qu'applaudir au courage de cette histoire qui pose un phénomène de société dans la vie quotidienne d'une famille. Comme le dit Isabelle Carré elle-même, "le film montre une réalité que les gens aimeraient ne pas voir, sans pour autant être polémique ni donner de leçons". Et c'est vrai. On referme le ban avec la larme à l'oeil (la scène de fin est absolument bouleversante), et on se dit qu'on vient de voir, tout bêtement, quelque chose de triste et beau à la fois.