S'il se trouve parmi mes lecteurs des amateurs de sport automobile, la présence d'une formule 1 dans la bannière de ce blog ne leur aura sûrement pas échappé. Les plus perspicaces auront même identifié la Ferrari 126 C3 que pilotait Patrick Tambay en 1983, et avec laquelle il s'est battu pour le titre de champion du monde pratiquement jusqu'à la dernière course. C'est à cette époque que j'ai attrapé le virus de la formule 1, qu'est née ma fascination pour cette discipline. En ce temps-là, la préparation des voitures était l'oeuvre d'artisans qui ne devaient qu'à leur intuition, à leur audace, les choix techniques et les réglages de leurs bolides. Ainsi, sur des circuits qui n'avaient rien en commun, aucune grille de départ ne ressemblait à la précédente. Les vainqueurs d'hier pouvaient passer complètement au travers de la course du dimanche suivant. Bien malin qui pouvait prédire, au départ d'un Grand Prix, quel en serait le podium final. Qui, de Prost, Piquet, Rosberg ou Arnoux, quelle écurie, de Brabham, Ferrari ou Renault inscrirait son nom au palmarès. Les bagarres étaient légion, les dépassements aussi, et parfois les aléas mécaniques désignaient un triomphateur surprise, un type qui entrait dans la légende à la seule force de ses qualités de pilote.

lauda rosberg tambay piquet

La formule 1 d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ça. Bardées d'électronique et de dispositifs d'aide à la conduite, les monoplaces semblent emprunter des rails, téléguidées depuis les stands par des ingénieurs dont les yeux ne quittent pas les écrans de télémétrie. Le résultat des Grands Prix est pratiquement toujours connu à l'avance, tant la hiérarchie des performances est figée dès avant même le début de la saison. Au volant, les hommes se donnent à fond, comme avant, mais leurs positions ne s'échangent qu'à la faveur des arrêts aux stands, et seul un orage ou un incident de course faisant intervenir le "pace car" parvient à maintenir un semblant de suspense.

Chaque année, je me dis que j'ai bien tort de "sacrifier" une partie de mes week-ends pour assister, sur des tracés lisses et sans charme, à une procession qui durera 60 tours et dont TF1 me privera de la majeure partie, pressée d'envoyer la dernière pub pour Vidal Sassoon Wash and go.

Pour couronner le tout, l'image de la F1 a été passablement ternie au cours de cette année 2007 par les affaires d'espionnage industriel qui ont impliqué les trois plus grands animateurs du championnat. Coups bas, sanctions, revirements, révélations aussi rocambolesques qu'insupportables, ont achevé de faire basculer le monde de la F1 dans le pathétique. C'est le moment, me suis-je dit, de passer à autre chose. De laisser les instances corrompues, les pilotes arrivistes et les dirigeants véreux se débrouiller entre eux.

kova raikkonen hamilton alonso

Et puis sont arrivées les premières infos de l'intersaison. Les essais privés qui révèlent que les BMW risquent d'être super compétitives en 2008. La signature de Sébastien Bourdais chez Toro Rosso qui ramène enfin, après deux ans de disette, un tricolore dans la discipline. Le retour de Fernando Alonso chez Renault qui ouvre le "marché d'hiver" et avec lui la perspective de voir Heikki Kovalaïnen se mesurer à Lewis Hamilton chez McLaren... Inévitablement, j'ai recommencé à lire des articles, à traquer les scoops sur les sites spécialisés. Et voilà. Je le sais désormais, la cause est entendue. Je suivrai la saison 2008. Assidûment. Mon coeur battra encore la chamade au feu vert, j'applaudirai les manoeuvres de dépassement et je lèverai les bras au ciel quand un accident éliminera deux favoris. Cela n'arrivera pas souvent, mais je serai là. Comme avant. Comme toujours. Et avec le même plaisir. Ainsi en décide la passion de la course.