Je ne vais pas forcément me faire que des amis avec ce message, peut-être même que je vais m'attirer quelques moqueries. Mais peu importe, j'assume. Moi, Michel Drucker, j'aime bien.

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Oui, je l'aime bien, le dinosaure du service public, le gendre idéal de toutes les grand-mères de France, le meilleur ami des stars internationales. Je l'aime bien, l'immuable lecteur de fiches incapable de dire du mal de quiconque. Et je suis heureux qu'il ait annoncé récemment, assurant la promo de son bouquin, qu'il n'arrêterait probablement jamais de squatter notre petit écran. Du coup, j'ai eu envie de le lire, ce livre. Pas tellement pour savoir si, oui ou non, le plus célèbre Michel du pays allait enfin balancer sur Johnny Hallyday ou Céline Dion, plutôt pour apprendre quelques anecdotes sur la télé d'avant. Je n'y peux rien, je suis nostalgique de cette époque que je n'ai pas connue, de ces programmes que je n'ai pas regardés. Mais je n'aime rien tant que les témoignages de ceux qui ont participé à la grande aventure de l'ORTF et qui ont participé à la création de tant de choses.

Pour le coup, dans "Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?", Drucker ne nous réserve aucune surprise. Il y est comme à son habitude, consensuel et magnanime. Il égratigne à peine quelques dirigeants de chaîne, même la Star Academy en prend à peine pour son grade. Son propos n'est pas de révéler des scoops sur Chirac ou Sarkozy, pas davantage de nous dire combien de pompes il a dû cirer pour faire sa place dans le PAF. Il entend juste expliquer, parfois justifier - lorsque nécessaire - ce qui l'y a conduit ; en l'occurrence un rapport plus que singulier avec son père, médecin de campagne obsédé par la réussite et qu'il ne fallait surtout pas décevoir. C'est à cause de lui, et grâce à lui à la fois, que Michel Drucker a réalisé l'un des plus éblouissants parcours d'autodidacte qu'on puisse imaginer. Pour autant, rien n'indique que cette épopée ait été, à quelque moment, synonyme de bonheur. Celui qu'on voit sourire, voire rire aux éclats devant ses invités sur les plateaux, avoue sans ambages que l'angoisse ne l'a jamais quitté, qu'il est hypocondriaque au dernier degré. Qu'en filigrane de ses 40 ans de présence télévisuelle, son seul souci a été de trouver la reconnaissance (même posthume) de ce père si omniprésent. On sent bien que cette confession écrite lui coûte, que chaque mot est pesé et soupesé. Et honnêtement, c'est émouvant.

Michel Drucker n'est sûrement pas le saint homme que beaucoup voient en lui. Comme tout le monde il a beaucoup de défauts. Mais on ne peut pas rester insensible à ce qu'il a su apporter à des millions de téléspectateurs qui, devant leur poste et depuis trois générations, ne demandaient qu'un peu de divertissement. Il ne fera probablement jamais l'unanimité dont tout animateur rêve lorsqu'il est devant les caméras, mais sa polyvalence et sa longévité méritent le respect. Oui, je le dis et je le répète, moi Michel Drucker, je l'aime bien.

Michel Drucker, "Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?", éditions Robert Laffont.