Il y a quelques semaines, je faisais ici l'éloge de Sébastien Loeb, alors en route pour sa quatrième couronne mondiale en championnat du monde des rallyes. Ce succès vient d'être salué par le quotidien "L'équipe" qui a désigné Loeb et son fidèle coéquipier Daniel Elena "Champions des champions" de l'année écoulée. Récompense largement méritée, mais qu'à titre personnel j'aurais bien aimé voir partagée avec un autre pilote français. Un Manceau pas manchot qui peut s'enorgueillir, lui aussi, d'avoir accroché quatre titres consécutifs à son palmarès. C'est en ChampCar, sorte de version américaine de la Formule 1, que cette performance unique a été réalisée. Hasard ou coïncidence, son auteur s'appelle Sébastien lui aussi. Sébastien Bourdais, 29 ans. Bourdais qui fera, le 16 mars prochain, ses débuts en Formule 1, au sein de l'écurie Toro Rosso. Ceux qui le suivent depuis ses débuts en monoplace, voici 13 ans, ne manqueront pas de s'écrier "il était temps" !

bourdais

Bourdais est un type discret, un besogneux qui n'entend pas faire passer son attitude avant son talent. Rien à voir avec le style Caliméro de Fernando Alonso ou le sourire charmeur de Lewis Hamilton. Non, son truc à lui, c'est "essayez-moi et vous verrez", rien de plus. Pour le coup, le bonhomme a un sacré coup de volant, un sens inné de la course. Il ne commet pas de fautes, sait attendre son heure. Excellent metteur au point, il rappelle étrangement, dans sa façon d'aborder la course, un certain Alain Prost. C'est cette manière de faire qui l'a conduit à gagner partout où il s'est engagé. Formule Renault, Formule 3, Formule 3000... Le voilà champion de la discipline considérée comme l'antichambre de la F1 en 2002. Tout le monde le voit accéder à la catégorie reine dans les plus brefs délais. Seulement voilà, Sébastien Bourdais n'est pas le meilleur homme d'affaires du milieu, et n'est pas non plus entouré de généreux mécènes comme nombre de ses camarades de jeux pourtant moins doués.  Les portes de la F1 ne s'ouvrent donc pas. Sébastien s'exile aux Etats-Unis et signe avec l'écurie de Paul Newman. Dès sa première saison, il décroche une brillante quatrième place et le titre de meilleur débutant.

Et les managers de F1 continuent d'être sourds. Un seul test lui est proposé, par Renault qui cherche un pilote essayeur. On lui préfère finalement Franck Montagny. Qu'à cela ne tienne, Sébastien enchaîne les courses et les victoires en ChampCar. Son titre de champion en 2004 est acquis avec la manière. En 2005 il récidive, s'affirme comme "l'homme à battre". Il écoeurera ses adversaires deux années encore, profitant de ses moments de liberté pour aller disputer les 24 heures du Mans. Il y accrochera une très belle 2ème place en 2007.

Comment un pilote aussi doué peut-il rester aussi longtemps éloigné de la ligne de mire des patrons de la F1 ?  Tout simplement parce que, pendant ces 4 ans, les Kartikheyan, Ide, Firman et autres inconnus n'ayant jamais gagné un championnat de leur vie mais capables d'aligner des dollars pour payer leurs volants ont barré la route. Il aura fallu toute la force de persuasion d'un Nicolas Todt, nouveau manager de Bourdais, pour que les dirigeants de Toro Rosso acceptent, du bout des lèvres, de donner sa chance à celui qui, de son propre aveu, n'était pas loin de baisser les bras...

L'attente aura été longue. Mais Sébastien Bourdais est là. Seul représentant tricolore en F1 pour l'année 2008. Un rôle bien ingrat qu'Olivier Panis et Jean Alesi, pour ne citer qu'eux, ont connu juste avant lui. Il est bien loin le temps (1980 si mes souvenirs sont bons) où pas moins de 12 pilotes français s'alignaient aux essais qualificatifs ! Autres moeurs, autre époque...  Bourdais, lui, sera seul. C'est peut-être mieux comme cela. Il aura la reconnaissance de tout un pays, plus du tout habitué à cela, lorsqu'il gagnera son premier Grand Prix.