Ceux qui lisent régulièrement ce blog l'auront compris : le sport automobile et moi, c'est une grande histoire d'amour. Et depuis longtemps. Quand j'étais ado, je ne rêvais que d'une chose, courir. En rallye, en circuit, peu importait, pourvu que j'aie un volant entre les mains. Et puis les années ont passé, d'autres préoccupations me sont apparues et j'ai laissé de côté mes ambitions de devenir un jour Prost ou Vatanen. Sans le moindre regret. Briguer une place parmi les plus grands pilotes requiert, en plus du don initial (que je n'ai pas) des sacrifices humains et financiers que je n'aurais pas été prêt à assumer. Pour autant, l'esprit de compétition, on l'a ou on ne l'a pas. Le mien ne s'est pas envolé, et dès que j'ai l'occasion de me mesurer à mes cousins, mes amis, mes collègues sur une piste de karting, je m'amuse comme un petit fou. La journée d'aujourd'hui, organisée par mon employeur avec les 40 personnes qui composent mon service, n'a pas dérogé à la règle. Du plaisir de bout en bout !

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Acte I : les qualifications. Par petits groupes, on nous envoie faire connaissance avec la piste pendant une dizaine de minutes. Pas question de rechercher la performance avant tout mais plutôt d'étudier les trajectoires, les distances de freinage, placer ses repères. Oui, enfin ça, c'est ce que préconise le responsable de la sécurité. Nous, on veut surtout claquer un chrono pour faire pâmer les autres ! De fait, je sors de cette séance d'essais avec la banane jusqu'aux oreilles. Le tracé est superbe, très varié et sélectif, tous les ingrédients sont là pour prendre du plaisir. Petite déception tout de même : ne pas avoir eu le moindre tour "clair", sans drapeaux jaunes parce qu'un mec s'est mis en vrac juste devant, ni glissade excessive en sortie de virage. Mais le bilan aurait pu être pire, je suis crédité du 10ème temps.

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Acte II : la course. Elle se fera sur le thème des 24 heures du Mans, en équipes de trois, tirées au sort tout comme la place de leur kart sur la grille. Le hasard m'octroie deux équipiers de fond de classement et une place sur la dernière ligne. Difficile de trouver meilleur challenge... "Antoine, tu fais le premier relais, les départs en peloton, ça ne nous dit rien". Ils n'ont pas tort, en général le carton du premier virage est inévitable. C'est pour cela que je pars prudemment, me souvenant de la phrase célèbre d'Enzo Ferrari : "pour arriver premier, il faut premièrement arriver". Conduire propre, ne pas taper, anticiper tout ce que peut faire le type qu'on tente de doubler... Cette tactique s'avère payante. Je me fraie un passage, attaque sans prendre de risques inutiles, affine mes coups de volant. Les tours s'enchaînent, je remonte petit à petit. Vient le temps de passer au stand, donner le témoin à Jacky. "Antoine, tu es deuxième et tu as le meilleur tour !" Purée, je ne m'attendais pas à ça...

Jacky a 10 tours devant lui. Il fait de son mieux mais c'est peine perdue contre les ténors de ce deuxième relais. Au fur et à mesure que les tours s'égrainent, notre kart apparaît un peu plus bas sur l'écran. Jennifer, notre numéro 3, fait la moue : "On va plonger quand je serai au volant", me dit-elle. C'est vrai qu'avec sa position de lanterne rouge aux essais, ça ne va pas être simple de se maintenir. Jen s'applique, mais quand elle me rend le kart, notre équipe est redescendue à la 10ème place. Qu'à cela ne tienne, je repars le couteau entre les dents. Sans doute un peu trop fort. En attaquant, je glisse, manque de partir en tête à queue plusieurs fois. Je n'améliore ni mon chrono personnel ni la place de l'équipe. Jacky n'y parvient pas davantage. Nous sommes à 4 tours du leader.

10 minutes encore : ils sont théoriquement pour Jen mais elle me les offre sur un plateau d'argent. C'est moi qui passerai le drapeau à damiers. Ce dernier relais est, de loin, le plus ébouriffant. Je suis en transe, j'attaque comme un malade, au ras des bordures. Plus un seul coup d'oeil derrière moi. Pour la première fois, je prends conscience que personne sur cette piste ne peut aller beaucoup plus vite. A l'épingle, je fais l'intérieur à Jean-Baptiste. Deux virages plus loin, je déborde Karim. Me voilà revenu dans les roues d'un wagon de furieux. Ils sont trois, en bagarre, il faut en tirer parti. L'occasion se présente dans l'épingle la plus délicate du circuit. Les deux premiers se tirent trop la bourre, ils vont s'accrocher. Le troisième les évite de justesse en piquant à gauche, et moi je m'engouffre à droite. Et je passe les trois en même temps ! Quel pied !

Dernier tour. Aucune idée de ma place mais le bonheur est total. Finalement, ce sera la 8ème. Nous n'avons pas à en rougir, d'autant que cet ultime "run" donne à l'équipe le 4ème meilleur temps de la journée. Il ne reste plus qu'à célébrer tout ça par quelques photos et l'indispensable verre de l'amitié. J'ai passé un moment fort, intense, inoubliable. On se sent bien dans la peau d'un pilote de course.