Combien y a-t-il de mauvais films qui, chaque année, explosent le box-office ? Et combien de formidables passent complètement à côté du public ? Dure loi du marketing et de la promo. Prenez "Asterix aux jeux olympiques", par exemple. Plus gros budget du cinéma français depuis l'invention de la caméra, conçu pour avoir une carrière européenne  voire planétaire. La richesse du scénario ou l'effet comique importent peu, du moment que 12 millions de spectateurs se pressent dans les salles et qu'autant de moutons se ruent sur les produits dérivés. Et si pour avoir le succès escompté, on en est réduit à coller 15 people comme Zidane et Manaudou dans une scène qui n'apporte rien, peu importe. On pourra toujours dire que le film est avant tout pensé pour les enfants...

Moi, quand mes enfants auront l'âge, j'espère bien qu'ils en verront d'autres, des films. De ceux qui racontent de vraies histoires et font s'interroger sur le sens de la vie. "Saint-Jacques... La Mecque" de Coline Serreau, en fait partie. Voilà un pur joyau qui, malheureusement, n'a pas attiré  les foules lors de sa sortie en salles en 2005. Je ne me souviens pas non plus qu'il ait cassé la baraque en DVD. Je l'ai trouvé par hasard, bradé à 4,99 € par un soldeur local, tel un ovni dans un champ de superproductions américaines. A ce stade, on n'hésite même pas.

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"Saint-Jacques... La Mecque", c'est du Coline Serreau tout craché. Des dialogues qui fusent entre acteurs qui s'engueulent. Chacun a ses problèmes et méprise ceux des autres. Mais une aventure humaine imprévue va les adoucir. Oui, c'est vrai, ça fait un peu cliché, un peu déjà vu. Mais plus crédibles que ces personnages, franchement, il n'y a pas. Une prof de banlieue désabusée, un chef d'entreprise sans amis dont la femme déprime, un chômeur alcoolique à qui plus personne ne veut prêter d'argent, une rescapée du cancer qui s'enferme dans ses secrets, un lycéen amoureux prêt à tous les mensonges pour suivre sa dulcinée... C'est la rencontre de ces vies éclatées qu'a su mettre en scène, avec une grande sensibilité, Coline Serreau. Les voici donc, ces 9 égoïstes, contraints de cohabiter trois mois durant, dans des conditions de vie souvent spartiates, à marcher 7 heures par jour sur les chemins du pélerinage entre le Puy-en-Velay et Saint-Jacques de Compostelle.  Trois mois, c'est assez long pour découvrir des valeurs comme la solidarité, le respect, l'écoute... Mais c'est encore bien peu pour arriver à se connaître soi-même. Entre les fatigues de l'un, les bouderies de l'autre, les questions existentielles du troisième, qui porte vraiment sa croix ?

SaintJacques3Si vous avez aimé le style de "Trois hommes et un couffin", "La crise" ou encore "La belle verte", ne faites pas l'impasse sur ce petit bijou. Car il ne se contente pas de parler à l'âme, il en met aussi plein la vue. Les paysages visités par nos pélerins sont tout bonnement magnifiques, et la caméra de la réalisatrice ne s'y est pas trompée. Le bonheur, parfois, c'est simple comme un coup de film.

"Saint-Jacques... La Mecque", de Coline Serreau. Avec Muriel Robin, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Legitimus, Artus de Penguern, Marie Bunel. France 2 vidéo, 2005.