Ce n'est un mystère pour personne, le sport est roi en été. A la télé notamment. Ça commence par Roland Garros, ses courts bâchés sous la pluie, ses balles neuves, Bruel et Belmondo omniprésents à l'image. Puis on passe au Tour de France cycliste, ses bidons d'EPO, ses chutes collectives et son inénarrable finish aux Champs-Elysées. A peine une semaine de répit et on enchaîne sur des championnats natation, avant de finir par une salve de meetings d'athlétisme... Eh bien, si vous détestez le sport et enragez à l'idée que le coût de votre redevance télé soit la conséquence de cette frénésie de compétition télévisuelle, faites-vous une raison : cette année, en plus de tout ce que j'ai détaillé ci-dessus, vous allez pouvoir vous goinfrer, dans l'ordre, le championnat européen de football et - en point d'orgue - les Jeux Olympiques ! En revanche, si vous aimez vraiment ça et que votre budget vacances ne vous permet pas d'aller lézarder sur les plages, vous aurez largement de quoi occuper vos journées sur toutes les chaînes.

Bon, OK, j'ironise. Mais je serai sûrement devant mon écran ces prochaines semaines. Et je n'oublie pas non plus qu'adolescent, j'adorais ces déferlantes estivales. Entre deux Grands Prix de F1, je m'enthousiasmais pour tout ce qui, de près ou de loin, mettait au prises des champions. Je me souviens de l'empoignade féroce entre John McEnroe et Ivan Lendl en finale de "Roland" en 1986, de ces 8 secondes qui firent défaut à Laurent Fignon pour gagner la Grande Boucle 1989. J'ai passé mon été 1984 à vivre la nuit, pour voir Carl Lewis décrocher ses 4 médailles d'or aux J.O. de Los Angeles qui virent aussi le sacre de Pierre Quinon au saut à la perche et celui de l'équipe de France de football (victoire contre le Brésil - eh oui, déjà ! - par 2 à 0)...

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Je crois que ce sont vraiment les "Jeux" qui m'ont laissé les souvenirs les plus indélébiles. Au-delà des performances pures, individuelles ou collectives, c'est dans ces moments que j'ai senti mon coeur battre, que j'ai ressenti la tension, la peur. Peur pour un athlète venu pour représenter son pays, se montrer au monde, défendre crânement ses chances, quel que soit son niveau... et qu'un engouement insoupçonné nous pousse à soutenir, alors même qu'on ne connaît rien de lui, qu'on n'a même pas idée de tout ce qu'il a déjà dû faire pour en arriver là. Seulement voilà, parce qu'il porte un drapeau tricolore et qu'il a une tête sympa, on est à fond avec lui. Croisée des chemins entre les valeurs de l'olympisme et la glorieuse incertitude du sport qui propulse les uns au sommet et jette les autres dans l'oubli. Aux Jeux Olympiques, il n'y a pas de supporters, il n'y a que des patriotes.

Cet été 2008, les Jeux Olympiques se déroulent en Chine, pays où les droits de l'Homme mériteraient un meilleur sort. De nombreuses langues se sont déjà déliées, de nombreuses pages ont été noircies un peu partout pour le regretter. Moi, je n'aurai qu'une chose à dire : que le seul vainqueur de toute cette agitation, justifiée ou non, soit le sport. Et que le spectacle offert par les Seigneurs des anneaux (olympiques), à nous, téléspectateurs  gavés de compétitions en tous genres, soit tout simplement beau.