Allez, à peine 48 heures et ce sera le grand départ. Samedi matin, comme des millions de Français, nous allons rejoindre un lieu de villégiature à quelques centaines de kilomètres de chez nous, histoire de regarder le soleil sous un autre angle. Et comme nous avons à la fois du temps devant nous et pas mal de monde à voir, les sauts de puce vont se multiplier jusqu'à la mi-août. Finistère sud, Vendée, région toulousaine et Côte d'Azur, voilà le menu de notre long périple ! C'est sûr, on va en bouffer de l'autoroute, du kilomètre... et évidemment, par voie de conséquence, du plein de gazole.

Dans cette perspective, je ne peux que saluer le repli du baril de brut ces derniers jours. Après une hausse - pratiquement ininterrompue - de 150% au cours des 18 derniers mois, il était temps que ça cesse, non ? Même si, comme beaucoup, je pense que cette envolée a eu l'effet d'un électrochoc salutaire et a obligé tout le monde à poser enfin les bonnes questions sur les énergies de substitution, je reste persuadé que l'essentiel de la hausse a été orchestré par des spéculateurs. Or, toute bulle spéculative - on en a eu de nombreux exemples ces derniers temps - finit toujours par éclater. Et je crois que nous y sommes, n'en déplaise aux Cassandre qui nous prédisent un baril à 300 dollars avant 2010.

petrole

On nous dit que la hausse est due, majoritairement, à l'accroissement de la demande des pays émergents comme la Chine ou l'Inde, qui sont devenus comme par enchantement les plus gros consommateurs de la planète. C'est vrai, mais il faut voir dans quelles conditions ! Les habitants de ces pays ont perçu ces dernières années des subventions non négligeables (de l'ordre de 40 centimes d'Euro par de gazole et de 60 centimes par litre de super acheté, pour ne prendre que l'exemple de la Chine). Même s'il coûtait cher au gouvernement, ce système qui stabilise artificiellement les prix à la pompe, a permis un développement météorique du parc automobile, lequel voit aujourd'hui 10% de la population chinoise équipée d'un véhicule. Imaginons que cette proportion passe à 20% : les subventions mangeraient alors la totalité de la croissance du pays (7% au dernier pointage)... Autant dire que les autorités n'ont pas le choix : les subventions se réduisent comme peau de chagrin. Et les immatriculations de voitures se calment.

Bien entendu, il ne s'agit encore que d'un phénomène limité et provisoire. Mais pendant ce temps, l'industrie automobile s'organise vraiment et accélère la mise au point de ses alternatives (hybride, pile à hydrogène...). Dans quelques années, il roulera suffisamment de véhicules n'ayant pas, ou si peu, recours au pétrole pour que les spéculateurs changent  leur fusil d'épaule (j'allais dire "pour que les mouches changent d'âne"). Et là, vous me croirez si vous voulez, mais je pense que le cours du baril reviendra à des niveaux qu'il n'aurait jamais dû quitter : entre 30 et 50 dollars. C'est encore très loin, tout ça, mais c'est mon pari, ou tout au moins le voeu que je formule. En attendant, à la faveur de quelques annonces bienvenues (comme la limitation drastique de la circulation et du fonctionnement des usines pendant les Jeux Olympiques à Pékin), le Brent est passé de 147 à 124 dollars en quelques jours. Pourvu que ça dure... au moins jusqu'à la fin de l'été.