Tout cinéphile a ses préférés. Acteurs, réalisateurs, scénaristes ou même compositeurs, il n'est pas rare qu'on aille voir un film simplement sur leur nom. Peu nous importe de connaître le sujet abordé ou l'avis des critiques, ce qui compte c'est que le truc soit "de lui, avec lui, par lui". Evidemment, parfois on est déçu. Parce que qu'on attend toujours plus de quelqu'un dont on admire le travail. Mais on ne regrette jamais d'y être allé, de l'avoir voulu sans détour. Et quand on ressort de là enthousiaste, la banane jusqu'aux oreilles, attendre le suivant est presque une épreuve.

Je crois avoir déjà affiché ici ma liste de favoris (au moins en partie). Eh bien elle vient de s'enrichir d'un nouveau nom : celui de Sam Karmann. Voilà quelqu'un qui, sans faire de vagues, trace sa route avec beaucoup d'adresse. Accompli depuis longtemps en tant que comédien, notamment dans la bande Bacri-Jaoui (on se souvient, entre autres, de sa prestation exemplaire dans "Cuisines et dépendances"), c'est probablement derrière la caméra qu'il laissera son meilleur souvenir à ses fans. Ce n'est pas tous les jours qu'un réalisateur français obtient une Palme d'Or à Cannes et un oscar à Los Angeles ! Sam Karmann l'a pourtant fait, en 1992, avec un savoureux court-métrage : "Omnibus". Quant à ses 3 longs-métrages, ce sont de vrais concentrés de talent. J'avais beaucoup apprécié "La vérité ou presque" (2007), adoré "Kennedy et moi" (1999) ; avec le visionnage, hier soir, du DVD de "A la petite semaine", mon engouement  a atteint des sommets...

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Karmann a une qualité essentielle : il sait magnifiquement s'entourer. Son casting est toujours parfait, à tel point qu'après le générique de fin, on serait bien incapable de trouver quels autres comédiens auraient pu remplacer ceux qu'il a choisis. Dans "A la petite semaine", impossible de substituer quiconque à Gérard Lanvin dans le rôle du malfrat fatigué par ses mauvais coups et qui ne rêve que de décrocher. Impossible que ce doux rêveur amoureux de théâtre, fier et gauche à la fois, ne soit pas incarné par Jacques Gamblin. Impossible que Clovis Cornillac ait dû laisser passer son personnage de loser complet, insupportable tête à claques, macho et faux-derche à temps plein. Les trois crèvent l'écran, dirigés tout en subtilité au milieu de seconds rôles impeccables.

Le film est drôle, enlevé, tendre et grave à la fois. Caméra à l'épaule et mouvements souvent saccadés, peu de plans fixes, pour coller à l'atmosphère speed et désuète d'une banlieue de copains, de petites arnaques à l'ancienne, de dettes d'honneur et de verbe haut. Audiard n'est jamais loin dans les dialogues, la gouaille et les expressions des buveurs de demis sentent le "vécu". D'ailleurs, l'histoire n'a rien d'une fiction totale, elle est inspirée de la vie de Désir Carré, co-scénariste et interprète d'un rôle - comme tous les autres - très attachant.

C'est un pur bonheur que de regarder un film comme "A la petite semaine", et plus encore d'enchaîner avec le making of, les scènes commentées, l'interview des comédiens, tous ces bonus que nous offrent aujourd'hui les DVD. Un pur bonheur de pouvoir partager les idées d'un homme, ses choix, ses réflexions, sa vision d'un certain cinéma. Sam Karmann est quelqu'un qui donne envie d'aimer le 7ème art, de voir, et surtout de revoir des films. Largement assez pour figurer parmi mes préférés.

"A la petite semaine", de Sam Karmann. Avec Gérard Lanvin, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac, Florence Pernel, Etienne Chicot... Sorti en salles en 2003, disponible en DVD chez Studiocanal.