Tout le monde a eu l'occasion de le vérifier, à un moment ou à un autre de son existence : quand Dame Nature a décidé de n'en faire qu'à sa tête, elle ne le fait pas à moitié. Elle se prive encore moins quand elle a l'occasion de prouver au monde entier sa suprématie sur la Science. Fort de ce constat, imaginer que notre bébé respectera la prévision des médecins, et choisira la date du 2 avril prochain pour faire son entrée dans le monde, relèverait d'un comportement assez joueur... qui n'est pas le mien. Je lui préfère cette maxime, toute militaire mais pleine de bon sens, que j'entends souvent dans la bouche de mon patron : "anticiper pour ne pas subir".

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Aujourd'hui, mon Croco (que je devrais plutôt appeler ma Baleine, au regard des difficultés qu'elle éprouve à quitter les fauteuils trop ergonomiques... hahaha) avait décidé de me soutenir dans mon souci de prévoyance. Elle m'a collé une liste de courses sous le nez : "Il me faut ça pour la maternité, on va aller l'acheter tout de suite, on ne sait jamais".  J'ai cru d'abord à un canular. Qu'une naissance s'accompagne de l'acquisition de plein de choses nouvelles ne m'avait pas échappé, mais j'avais le sentiment que nous avions fait le plus gros. Nenni ! A côté de la liste des trucs indispensables à avoir sous la main pour l'accouchement et les jours qui vont suivre, les emplettes à réaliser pour une semaine de ski sont une partie de rigolade ! Bon, évidemment, je plaisante. Mais tout de même. Soyez juges de ce que réclame la clinique :

Une turbulette, 6 chemises en coton ou body, 6 pyjamas ou grenouillères, 2 brassières de laine ou gilets, 6 paires de bottons ou chaussettes, 8 bavoirs, 1 petit bonnet, 1 savon pH neutre, 1 paquet de couches, 1 thermomètre de bain et 1 thermomètre électronique, des serviettes de toilette, 1 brosse à cheveux...  J'ai beau dire à Aurélie que si c'est vraiment mon fils, il n'y aucune chance qu'il ait des cheveux, elle balaie cette contre attaque d'un revers de manche. Et ajoute immédiatement dans le caddie des cotons nettoyants, des ampoules de serum physiologique, un coupe-ongles et un paquet de cotons-tiges. J'ai probablement l'air ahuri, peut-être même affolé, c'est le moment de balancer la phrase qui rassure : "Tu vois, on fait de sacrées économies puisque je vais allaiter" ! L'argument est de taille, mais tant que j'y étais, un biberon et quelques boîtes de Guigoz ne m'auraient presque pas fait ciller. De toute façon j'ai à peine le temps d'y réfléchir, nous voilà déjà repartis à la recherche de coussinets d'allaitement et d'un brumisateur d'eau...

Bon, vous voulez la vérité, la vraie ? J'ai pris un plaisir énorme à faire chauffer la carte bleue pour notre bébé. D'avoir rempli un caddie entier rien que pour lui. Et plus encore d'avoir prolongé cette journée dans d'autres magasins, pour dégotter des draps, une étagère, un plafonnier en tissu, le pot de peinture vert pomme que nous utiliserons demain pour rafraîchir une vieille commode en pin... Peu importe comment nous nous y prenons, en fignolant un élément de déco ou en lui achetant un pyjama : face à cette impatience - de plus en plus difficile à masquer - de tenir le petit bout de chou dans nos bras, jouer les parents prévoyants est un formidable alibi.